36  7.  Leiwsız,  Pro  Memoria  (wahrscheinlich  für  Sranneım  1694).

De  tous  ces  princes  on  peut  dire  que  le  feu  Electeur  de  Brandebourg  a  este
le  plus  ardent  sur  ce  point,  par  le  goust  qu’il  avoit  pour  les  belles  choses,  et  par
les  mesures  effectives  qu’il  prenoit.  Aussi  a-t-il  merveilleusement  embelli  sa  ville
capitale,  et  attire  dans  son  pays  par  sa  protection  et  ses  bienfaits  plusieurs  milliers
d’etrangers,  qui  sont  utiles  par  les  ouvrages  et  fabriques  qui  s’introduisent  par  leur
moyen,  pour  ne  rien  dire  maintenant  de  la  marine,  des  canaux  entre  les  rivieres
et  de  mille  autres  entreprises  utiles  et  considerables,  que  Sa  Serenite  Electorale  a
achevees  ou  ebauchees.

On  peut  dire  que  ces  choses  ne  sont  pas  seulement  utiles  et  glorieuses,  mais
encor  veritablement  conformes  a  ce  que  la  piete  ou  la  charite  demande.  Car  tout
le  monde  compte  les  Hospitaux  et  autres  maisons  semblables  parmy  les  causes
pieuses,  et  avec  raison,  puisque  Jesus-Christ  a  dit  qu’il  prendroit  ce  qu’on  feroit
envers  les  pauvres,  pour  ce  qu’on  auroit  fait  a  luy-meıne.  Or  il  vaut  bien  mieux
de  prevenir  la  pauvrete  et  la  misere,  qui  est  la  mere  des  crimes,  que  de  la  sonlager
  quand  elle  est  nee.  II  n’y  a  point  de  fondation  d’Eglises  ou  Hospitaux  memes,
qui  valent  les  etablissemens  d’un  travail  bien  conduit,  par  lesquels  les  hommes
deviennent  veritablement  plus  vertueux  pour  eux,  et  plus  utiles  pour  les  autres.
Ce  qui  arrive  en  les  rendant  laborieux,  industrieux  et  pourtant  contens  en  meme
temps  par  le  succes  et  par  le  bon  debit  de  leur  travail.  D’autant  qu’encor  la
jeunesse  entre  ainsi  de  bonne  heure  dans  le  m&amp;me  chemin  de  l’ordre,  et  donne  des
seininaires  a  la  republique,  ce  qui  fait  que  les  choses  vont  de  mieux  en  ınieux,
comıne  dans  le  jardinage.

Or  il  semble  que  Dieu  a  reserve&amp;  ce  bastiment  au  present  Electeur,  comme
Salomon  acheva  la  maison  de  Dieu,  que  David  n’avoit  fait  que  projetter.  Les
guerres  precedentes  y  estoient  contraires,  au  lieu  que  celle-cy  fournit  des  conjJonctures
  extremement  favorables,  comme  je  diray  tantost.

On  peut  encor  adjouter  que  la  guerre  presente  dont  depend  le  destin  de
l’Europe,  s’echauffant  de  plus  en  plus  et  pouvant  durer  plus  qu’on  ne  pense,  et  le
succes  dependant  de  la  fin,  qui  sera  favorable  au  parti  qui  aura  pü  durer  d’avantage,
la  sagesse  veut  qu'on  songe  de  bonne  heure  aux  ınoyens  de  soutenir  ce  grand  poids.
Et  quand  on  viendroit  meine  a  une  paix  raisonnable,  il  n’y  a  pas  lieu  d’esperer
qu’elle  soit  durable  a  cause  des  difficultes  sur  la  succession  d’Espagne  et  d’Angleterre,
et  surtout  a  cause  de  la  convoitise  insatiable  de  la  France,  qui  ne  demordra  pas
de  son  dessein  d’avoir  les  Pays-Bas  et  le  Rhin,  si  non  lorsqu’elle  sera  fort  abbaissee
  et  hors  d’estat  d’y  penscer  sitost:  de  sorte  que  l’Allemagne  se  doit  attendre
encor  pour  longtemps  a  une  guerre  difficile  et  dangereuse,  du  coste  de  l’orient  et
de  l’occident,  sans  qu’on  se  puisse  promettre  d’estre  tousjours  en  aussi  bonne  compagnie
  qu’a  present  pour  resister  aux  enneimnis.

Or  j’ose  dire  que,  s’il  y  a  moyen  de  penser  efficacement  a  rendre  ces  bons
ordres,  dont  je  viens  de  parler,  faisables,  ou  pourra  augmenter  les  revenus  du  prince
d’une  maniere  plus  considerable  qu’on  n’oseroit  dire,  sans  que  les  peuples  en  soyent
plus  charges,  ou  plutost  de  telle  sorte  qu’ils  le  soyent  bien  ınoins.  Ce  qui  donnera
ınoyen,  en  cas  de  besoin  et  de  danger,  de  faire  des  efforts  au-dela  de  ce  qui
seroit  possible  presentement.  Car  ce  n'est  pas  l’etendue  seule  des  estats  qui  rend
un  prince  riche,  mais  encor  la  culture  du  pays,  et  l’industrie  des  habitans.  On  le
connoist  par  l’exemple  de  la  Hollande  qui  est  si  petite  et  pourtant  si  riche,  et
encor  par  l’exemple  de  la  France  qui  resiste  si  longteınps  a  la  plus  grande  partie
de  l’Europe,  parceque  la  multitude  et  l’industrie  de  ses  habitans  luy  a  donne  de
grandes  forces,  dont  on  ne  la  scauroit  deponiller  sitost.

Ce  qu’on  peut  proposer  en  general  pour  ınieux  arriver  a  cette  fin,  seroit
detablir  une  espece  de  conseil  ou  d’Assemblee  qui  ait  ces  matieres  pour  objet,
parce  gu'un  premier  Ministre  ny  ceux  qui  sont  occupcs  des  affaires  d’Estat,  de  justice,