13.  Lxisniz  an  die  Kurfürstin  Sornıe  CuarLorte  (4.  December  1697).  45

au  lien  de  borner  leur  esprit  a  la  toilette,  on  les  accoustumoit,  de  bonne  heure,
a  des  beautes  et  ornements  plus  solides  et  plus  durables  qui  se  trouvent  dans  les
merveilles  de  Dieu  et  de  la  nature,  leur  curiosite  et  delicatesse  seroit  plus  utile
au  genre  humain,  et  contribueroit  plus  a  la  gloire  de  Dieu,  que  tous  les  desseins
des  conquerans,  s’ils  ne  font  que  brouiller  et  que  detruire.

Mais  V.A.E.  estant  fille  de  Mad.  l’Electrice  sa  mere  (ce  qui  est  tout  dire)
a  tousjours  eu  de  grands  et  beaux  sentimens  qui  peuvent  faire  honte  &amp;  ceux
des  plus  excellens  hommes.  Je  m’asseure  m&amp;me  qu’Elle  etend  sa  curiosit@  encor
aux  autres  matieres  qui  ne  sont  pas  moins  importantes  et  moins  belles  que  celles
de  l’Astronomie,  et  qui  pourroient  estre,  aussi  bien  que  cette  science,  l’objet  d’une
Academie  Electorale  des  sciences,  capable  de  tenir  teste  avec  le  temps  ä  celles  de
Paris  et  de  Londres,  pour  faire  honneur  non  seulement  a  l’Electeur  maistre  et  fondateur,
  mais  encor  a  toute  l’Allemagne.  Si  j’estois  plus  asseure  que  V.A.E.y
prend  goust,  j’entrerois  dans  un  plus  grand  detail...  .

13.

(Vergl.  Geschichte  der  Akademie  S.  52).

Leisnız,Briefan  dieKurfürstin  Soprnie  CHuARLoTTE  vom  4.December  1697.
[Krorr,  Die  Werke  von  Leisniz.  8.  Bd.  S.  soff.]

Madaıne.  Je  ne  sgay  si  je  dois  oser  m&amp;ler  ma  joye  avec  celle  de  Mad.  l’Electrice
de  Bronsvice  et  d’autres  personnes  qui  sont  du  premier  rang  dans  le  monde,  Mon
naturel  est  de  ne  me  gueres  rejouir  du  mal  d’autruy,  mais  en  recompense  je  voy
tousjours  avec  plaisir  le  bien  qui  arrive,  et  ma  satisfaction  est  extreme,  a  mesure
que  le  bien  est  grand  et  merite.

J’apprends  que  Monseigneur  l’Electeur,  Epoux  de  V.A.E.,  a  fait  voir  &amp;
toute  la  terre  non  seulement  combien  il  aime  V.A.E.  —  car  cela  ne  s’ignoroit
pas  —  mais  aussi  avec  combien  de  confiance  il  entre  dans  Ses  sentimens  et  La
fait  entrer  dans  les  siens;  comme  en  effect  il  n'est  pas  possible  qu’il  y  ait  une
amitie  plus  sincere,  et  plus  capable  de  donner  du  soulagement  que  celle  qui  est
entre  des  personnes  si  estroitement  unies,  ou  rien  ne  peut  arriver  a  l’une  sans
toucher  l’autre,  surtout  lorsque  ces  personnes  ont  des  lumieres  et  de  la  vertu  dans
un  degre  aussi  sublime  que  V.V.A.A.E.E.  Nous  en  avons  veu  depuis  peu  un
bel  exemple  dans  le  Roy  de  la  Grande  Bretagne  et  la  defuncte  Reine  son  epouse,
et  cet  exemple  a  pu  faire  reconnoistre  les  grands  effects  d’une  telle  confiance  pour
le  contentement  commun.  Mais  V.V.A.A.E.E.  en  ont  une  raison  encor  plus
particuliere,  c’est  le  sacre  depost  du  prince  Electoral,  leur  fils,  de  qui  l’heureux
naturel  dont  on  a  raconte  des  merveilles,  et  la  belle  education  (dont  V.  A.  E.  prend
soin  Elle-mä&amp;me)  doit  faire  leur  joye  et  le  bonheur  des  peuples.  On  y  doit  adjouter
encor  une  raison  tres  importante  qui  se  trouve  icy,  c’est  que  V.  A.  E.  fait  l’estroite
alliance  des  deux  grandes  Maisons,  de  Brandebourg  et  de  Bronsvic,  dont  les  interests
  sont  si  lies,  a  mon  avis,  que  ceux  qui  les  veulent  separer  ou  brouiller,  ne
les  entendent  point,  ou  ne  sont  gueres  bien  intentionnes.

La  situation  de  leurs  pays  les  convie  a  s’entr’aider,  et  cela  fait  une  puissance
presque  de  tout  une  piece,  depuis  la  Prusse  jusqu’au  Rlıin,  capable  de  donner  des
bornes  a  ceux  qui  cherchent  des  troubles.  Ces  deux  Maisons  ont  encor  les  ınemes
objects  naturels  de  leurs  conseils,  qui  sont  la  balance  de  l’Europe,  le  bien  de  l’Empire,
  et  surtout  la  conservation  et  propagation  de  la  religion  protestante,  dans  laquelle
  je  ne  crois  pas  qu’on  doive  distinguer  les  deux  partis  des  Evangeliques  et
des  Reformes,  puisqu’ils  ont  tous  deux  ce  commn  et  grand  principe  d’honnorer