Full text : Geschichte der Königlich Preussischen Akademie der Wissenschaften zu Berlin. Zweiter Band.

38  8.  Leienız,  Pro  Memoria  (wahrscheinlich  für  Spanneım  1694).

n’acquiert  pas  seulement  un  grand  nom,  mais  qu’il  augmente  aussi  son  veritable
bonheur,  en  imitant  et  glorifiant  la  grandeur  et  la  bonte  de  Dieu.

De  tous  les  princes  de  l’Europe  dont  la  puissance  est  royale,  iln’y  a  presque
que  l’Electeur  de  Brandebourg,  qui  soit  maintenant  en  estat  de  faire  quelque  chose
de  grand  et  de  beau,  a  l’egard  du  dedans  et  du  pacifique.  Chacun  sgait  les  eınbarras
  ou  l’Empereur  se  trouve  a  cause  de  la  guerre  qu’il  doit  soutenir  contre  la
porte  ottomanne:  et  pour  ne  rien  dire  de  l’Espagne  ny  de  l’Angleterre  dont  l’Estat
present  est  connu,  ny  des  rois  du  Nord,  qui  ont  leurs  difficultes,  on  peut  dire
que  Sa  Serenite  Electorale  est  presque  le  seul  qui  ait  les  bras  libres  pour  bien
faire.  Ce  grand  prince  possede  des  etats  estendus  et  tranquilles,  oü  fleurit  une
religion  qui  n’opprime  point  la  liberte  des  esprits:  il  jouit  de  l’amour  des  peuples
par  ses  hautes  vertus  et  par  le  maintien  de  la  paix  et  de  l’abondance,  malgre  la
guerre  presente  oü  il  prend  tant  de  part,  et  qui  est  des  plus  grandes  que  l’Europe
ait  jamais  vues.  On  peut  encor  adjouter  une  grande  raison  pour  luy:  c’est  qwil
a  choisi  un  ministre  qui  a  tout  ensemble  le  credit  entier,  le  zele  et  les  Iumieres:
ce  qui  ne  se  voit  presque  point  ailleurs  aujourd’huy,  et  cependant  c’est  le  vray
ınoyen  de  faciliter  les  belles  entreprises,  parce  qu’il  est  impossible  que  tout  puisse
aller  au  prince,  et  lorsque  le  pouvoir  est  disperse  dans  le  Ministere,  on  sgait  qu’il
en  naissent  des  difficultes,  qui  font  avorter  les  meilleurs  desseins.

Le  Roy  de  France  apres  la  paix  des  Pyrenees  sembloit  avoir  pris  le  veritable
chenmin  de  la  gloire:  il  s’appliquoit  a  rendre  ses  estats  fleurissans;  il  avoit  des
personnes  intelligentes  et  zelees  qui  secondoient  ses  intentions;  il  attiroit  et  obligeoit
  par  ses  bienfaits  les  plus  grands  genies  de  l’Europe;  il  embellissoit  son  pavs.
il  faisoit  observer  la  justice  par  des  chastimens  et  des  recompenses;  il  mettoit  de
bons  ordres  partout,  qui  le  faisoient  admirer  de  ses  ennemis  memes;  et  faisant
eultiver  les  sciences  et  les  beaux  arts  qui  font  les  commodites  de  la  vie,  en  nous
distinguant  des  barbares,  et  donnent.meıne  du  pouvoir  a  l’hoınme  sur  la  nature,
il  contribuoit  par  les  belles  decouvertes  qu’on  faisoit  sous  ses  auspices  aA  l’augınentation
  du  bonheur  des  hommes.  De  sorte  qu’on  peut  juger  que,  s’il  avoit  continue
de  ımeme  depuis  ce  teinps-la,  on  seroit  alle  fort  avant  en  30  ans,  et  on  auroit
decouvert  des  tresors  de  lumiere,  qui  nous  serviroient  a  mieux  connoistre  la  nature,
a  resister  a  plusieurs  maux  qui  nous  accablent,  et  A  porter  nostre  felicite  plus  loin.
Mais  la  malheureuse  ambition  d’acquerir  une  fausse  gloire  par  la  guerre  et  d’aggrandir
  ses  estats  par  des  conquestes,  a  tout  renverse.  Ce  Roy  pouvoit  faire  les
delices  du  genre  humain,  mais  il  s’est  tourne  a  des  entreprises  qui  sont  enfin  devenues
  le  fleau  de  l’Europe  et  de  son  temps,  et  luy-me&me,  tout  grand  prince  qu’il
est,  a  este  plonge  dans  des  chagrins,  dont  on  ne  voit  pas  encor  la  fin.

Je  tiens  maintenant  l’Electeur  presque  senl  capable  de  s’emparer  de  la  possession
  vacante  de  la  veritable  gloire,  que  les  autres  rois  (car  pour  dire  la  verite
il  nen  differe  que  du  nom)  luy  ont  abandonnce  par  un  mauvais  choix  ou  par  necessite.
  Car  il  peut  faire  fleurir  ses  peuples,  et  contribuer  en  m&me  temps  au
bonheur  solide  des  hommes  par  l’accroissement  des  connoissances  importantes,  «ui
font  le  tresor  de  la  nature  humaine.  Je  tiens  ıneme  que  sous  ses  auspices  on  pourroit
  aller  aisement  au-dela  de  ce  qu’on  avoit  coınınence  et  projette  en  France  et
en  Angleterre,  parce  qu’il  s’en  faut  beauconp  «u’on  y  ait  pris  le  meilleur  chemin,
lors  m&me  qu’on  faisoit  encor  bien.  Car  les  Francois  et  les  Anglois,  en  faisant
des  recherches  dans  leurs  Academie  Royale  et  Societe,  s’attachoient  plustost  aux
helles  apparences  et  a  l’cclat  qu’aux  choses  d’un  fruit  solide,  «une  les  Allemands
seavent  mieux  cultiver;  et  ce  qu'on  faisoit  en  France,  sembloit  aller  au  commencement
  au  bien  des  peuples;  mais  on  changea  bientost  de  methode,  en  ne  songeant
ywa  vemplir  les  coflres  du  Roy  pour  faire  des  guerres  peu  necessaires;  sans  songer
yue  la  veritable  politique  consiste  dans  la  justice  et  dans  la  charite,  et  qu’un